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Dans le scénario original, Besson avait imaginé une fin différente de celle qui fut réellement montée. Luc ayant tourné toutes les scènes précédentes dans l'ordre chronologique, il se rendit compte que le ton général du film avait dérivé vers des rapports plus sentimentaux entre les personnages de NIKITA, MARCO et BOB. Selon lui, cette scène risquait de déséquilibrer le film. Il tourna donc une fin plus calme, ce qui rassura les producteurs qui frémissait à l'idée du dépassement de budget induit par la scène finale. Malgré tout, je pense que cette version initiale de la fin de NIKITA était meilleure. D'ailleurs, comme on peut le voir, cette scène a fortement inspiré la scène finale de LÉON.
NIKITA rentre chez elle, son état n'est pas meilleur qu'à sa précédente mission.
Elle jette les clés sur le buffet et entre au salon.
MARCO est assis sur une chaise, un bouquet de fleurs sur les genoux. NIKITA sursaute.
MARCO reste calme, visage tendu.
NIKITA
Tu m'as fait peur !
... Tu ne bosses pas ?
MARCO (un temps)
J'ai démissionné.
NIKITA sent qu'il y a un malaise. MARCO se lève et avance avec ses fleurs.
Au dernier moment, il lui met une grande claque.
MARCO
J'ai été à l'hôpital, MARIE...
NIKITA (reculant)
Reste calme, MARCO.
MARCO
Mais je suis calme.
Il lui remet une baffe.
... Il n'y a pas de MARIE CLEMENT à l'hôpital...
et il n'y a jamais eu de MARIE CLEMENT.
NIKITA
... Je vais t'expliquer.
Il lui remet une tarte. Elle saigne du nez.
MARCO (devenant de plus en plus fou)
Explique-moi bien alors !
Parce que ça fait cinq ans que tu me mens ! !
Il lève encore le bras et se retrouve avec le canon d'un flingue sur le nez.
NIKITA
Tu me touches encore et je t'éclate.
MARCO ne bouge plus. Musée Grévin.
... Recule !
MARCO recule.
... Assis !
MARCO s'assied... Il est tétanisé.
NIKITA va plus loin et s'assied, à bonne distance. Elle pose le flingue
sur la table.
Ils se regardent un instant, comme deux étrangers. NIKITA se met à
pleurer doucement.
NIKITA
... Je vais t'expliquer.
Ils n'ont toujours pas bougé, mais le soleil, lui, ne s'est pas gêné, la nuit a envahi l'appartement.
NIKITA tend le bras et allume une lumière. MARCO est toujours tétanisé au fond de son fauteuil. Le monde vient de lui tomber dessus - le monde de NIKITA. Elle se lève difficilement, s'accroupit à côté de lui et l'embrasse sur le front.
NIKITA
... Je vais aller les voir...
Je vais tout arrêter.
MARCO reste muet.
Le CHEF est à son bureau. BOB est assis, plutôt de son côté. NIKITA est debout face à eux - sobre.
NIKITA
... J'ai payé ma dette.
Je veux la chance que vous m'avez tou'ours promise...
... Une vraie chance.
LE CHEF
... En imaginant que vous ayez été graciée, tuer un
flic, c'est vingt ans minimum.
Vous en avez fait neuf. Il vous en reste onze.
NIKITA (levant la voix)
En neuf ans, j'en ai tué dix-sept pour votre compte ! Vous voulez me les faire payer aussi, ceux-là ? ! Ou vous ne les comptez que quand ça vous arrange ?
Un bref silence. BOB et le CHEF se regardent. NIKITA est au bord des larmes.
NIKITA
... Vous ne pouvez pas être... bons une fois dans votre vie ?... Hein
?
J'ai payé ma bêtise, ma jeunesse, je l'ai remboursée
votre société de merde...
J'ai 28 ans et j'aimerais vivre un peu pour moi. Ma vie à moi. Juste
quelques années.
Cinq ans seulement et je reviendrai bosser pour vous.
Je serai là... Vous n'aurez même pas àvenir me chercher...
faites un effort.
... J'ai besoin de savoir que tout n'est pas pourri.
BOB et NIKITA échangent un regard. Le CHEF réfléchit.
Le silence devient pesant.
LE CHEF
... Je vous donne trois ans.
NIKITA ferme les yeux et soupire par saccades. Elle ouvre les yeux à nouveau et acquiesce d'un signe de tête.
NIKITA entre dans l'appartement. Elle est surexcitée et folle de joie.
Elle saute au cou de MARCO et l'embrasse.
NIKITA
Ils ont accepté ! On s'en va !
Elle fonce dans l'armoire et jette deux valises sur le lit.
MARCO reste inquiet.
MARCO
Ils ont accepté, comme ça ?
NIKITA
Oui. je suis à la retraite à 28 ans. Sympa, non ?
NIKITA commence les valises. MARCO est perplexe.
MARCO
... Oui ben... moi, cet après-midi j'ai lu un bouquin sur les espions et...
NIKITA se met à rire.
NIKITA
Tu plaisantes ?
MARCO (vexé)
Non, je plaisante pas !
(il sort le livre)
C'est un colonel, à la retraite aussi, mais lui il a soixante berges
MARCO
Il était dans les services secrets et d'après ce qu'il raconte
là-dedans,
ça m'étonnerait qu'ils te laissent partir comme ça !
!
NIKITA (sérieuse)
MARCO, je leur ai parlé, alors on fait les valises et on s'en va, OK ?
Elle continue les valises. MARCO sort un pistolet de sa veste.
MARCO
... De toute façon, j'ai acheté ça... Je les laisserai pas t'emmerder.
NIKITA se met à rire.
NIKITA
Où tu as acheté ça ?
MARCO
Ben... dans un magasin d'armes, évidemment !
NIKITA le prend, vérifie le chargement et le fait tourner dans sa
main.
Elle a fait ça avec une telle agilité que MARCO en reste bouche
bée.
NIKITA
Je le garde, sinon tu vas te blesser.
Elle l'embrasse, met l'arme dans son pantalon et continue les valises.
MARCO ne sait trop quoi faire.
MARCO
Bon... et ben...
Je vais faire une petite valise, hein ?
NIKITA lui sourit.
Quatre valises sont déjà sur le palier.
MARCO (criant)
Je descends déjà ça et je remonte !
Dans la chambre, NIKITA finit les deux sacs qui restent. Deux hommes montent l'escalier et arrivent à la hauteur de MARCO, les bras encombrés de valises.
NIKITA est sur le palier. Son oeil est attiré par la cage d'escalier, comme par réflexe. Elle aperçoit les deux hommes et sent le piège.
NIKITA (hurlant)
MARCO ! ? !
Elle a dégainé. Les coups de feu partent dans tous les sens. Un homme qui montait ne montera plus. Un autre s'enfuit. NIKITA traverse l'appartement, ouvre la fenêtre donnant sur la rue et descend l'homme qui fuit au moment où il sort de l'immeuble. Elle revient à toute vitesse dans le couloir et dévale l'escalier. MARCO est assis au milieu de ses valises.
NIKITA
MARCO ?
Elle s'accroupit et le prend dans ses bras.
... MARCO ?!...
MARCO est mort. Le visage presque tranquille. NIKITA éclate en sanglots et serre MARCO dans ses bras. Puis elle se met à hurler. Un cri horrible qui résonne dans tout l'immeuble.
NIKITA marche d'un pas décidé et se présente au poste
de contrôle d'une caserne parisienne.
Le planton doit avoir 18 ans. Tout blond, tout mignon.
LE PLANTON (gentil)
Hep ? Où vous allez Mademoiselle ?
NIKITA lui met son flingue sur la gorge.
NIKITA
A l'armurerie.
Le planton et l'armurier (à peine plus vieux) ont une grenade dans chaque main - les goupilles sont par terre. D'où la sueur sur leurs fronts. NIKITA, impassible et rapide, ouvre les caisses et se sert comme au supermarché.
Le CHEF est à son bureau, face à lui BOB, plus trois autres collaborateurs. Un homme en costume est visiblement venu du ministère. Le téléphone sonne. Le CHEF fait signe à un technicien d'enregistrer la conversation. Il décroche.
LE CHEF
Allô ?...
NIKITA (off)
Dans une heure au bar du Ritz. Elle raccroche. Le CHEF reste pendu au téléphone. BOB sourit.
Le CHEF raccroche.
LE CHEF
La garce ! Quelle heure il est ?
UN HOMME
7 h du matin.
UN ADJOINT (excité)
En une heure, j'ai le temps d'organiser quelque chose de correct.
LE CHEF
Oui... C'est bien ce qui m'emmerde,
c'est qu'elle nous laisse du temps.
Silence
(à BOB)
... Qu'est-ce que vous en pensez ?
BOB
Je pense que vous avez eu tort de ne pas lui donner ce qu'elle demandait et que j'aurais bien aimé être consulté avant ce genre d'opération.
LE CHEF (hurlant)
Aux dernières nouvelles, c'est moi qui dirige ce service et j'ai encore le droit de donner des ordres de mission sans votre consentement OK ?
BOB
Alors, ne me demandez pas mon avis.
Le silence devient d'un seul coup insupportable.
UN ADJOINT (excité)
Bon... qu'est-ce que je fais ?
LE CHEF (après un temps)
Allez-y, mais du sérieux - pas de dégâts, hein ?
UN ADJOINT
Bien reçu.
NIKITA regarde à travers des persiennes.
Elle voit cinq voitures banalisées sortir à toute allure du bâtiment qu'elle conn@it si bien. Elle quitte la fenêtre pour le salon où elle a étalé, sur la table, tout son butin : grenades, pains de plastique, flingues, etc... Plus loin dans le salon, trois personnes sont bâillonnées et ligotées à même le sol.
Méthodiquement, elle range chaque arme sur elle.
NIKITA, gabardine et mains dans les poches, traverse la rue d'un pas rapide.
Elle arrive devant le planton. Il n'a pas le temps de sourire : l'imperméable s'est ouvert et un coup de silencieux est parti. Elle s'engage dans la cour vide à cette heure matinale.
Le CHEF et BOB sont restés seuls.
LE CHEF
Qu'est-ce qu'elle veut à votre avis ?
BOB est à la fenêtre. Il la voit traverser la rue.
BOB
... Je ne sais pas.
Mais elle ne va pas tarder à nous le dire.
Devant la porte blindée qui condamne l'accès au reste de l'immeuble, il y a une guérite en verre pare-balles. A l'intérieur, le gardien bouquine. Son oeil est attiré par un bout de tissu rouge qui flotte dans la jointure de la porte blindée. L'homme s'y prend à deux fois pour regarder le phénomène. Le bout de tissu donne l'impression qu'une robe est coincée.
Le gardien se penche pour mieux voir. Rien dans le hall. Rien dans la cour. Il vérifie sur son écran vidéo : personne de l'autre côté de la porte. Il décide alors d'ouvrir un peu la porte pour chasser ce bout de tissu trop gênant. NIKITA apparaît de dessous la guérite comme un diable sortant de sa boîte. Elle fait un petit signe et un sourire au gardien médusé. Elle se faufile par l'ouverture. Le gardien enclenche la marche arrière mais trop tard. Elle est passée.
L'homme suffoque. Il déclenche l'alerte.
L'alarme résonne dans tout l'immeuble.
BOB sourit pour lui-même.
LE CHEF
Qu'est-ce qu'il se passe ?
BOB
Je vais aller voir.
BOB quitte le bureau.
Un homme est sorti de son bureau à cause de l'alerte.
NIKITA le prend, canon sur la gorge.
NIKITA
Courte échelle.
L'HOMME (pétrifié)
Pardon ?
NIKITA
Croise tes mains !
L'homme s'exécute. NIKITA met un pied dans ses mains et se hisse jusqu'au plafond. A l'aide d'un briquet, elle fait fondre la capsule de cire qui commande le système anti-incendie. Il se met à pleuvoir dans tout l'immeuble. Deuxième sonnerie. La visibilité dans les couloirs est de deux mètres. NIKITA redescend de sa "courte échelle".
NIKITA
Couché !
L'homme se jette à terre.
Pas bouger !
L'homme dit "non" de la tête mais NIKITA a déjà disparu dans le rideau de pluie.
NIKITA descend chaque personne sortant face à elle du rideau de pluie. Elle arrive au premier étage, prend une grenade, la dégoupille et la fait rouler dans le couloir comme au bowling : strike. L'immeuble devient un enfer. NIKITA monte au 2e étage.
Le CHEF sort d'une armoire un fusil à canon scié.
Il verrouille la porte et retourne à son bureau.
NIKITA continue son carton et progresse à chaque partie.
Elle arrive devant une porte. Bureau 28 - Robert GROSMANN. Elle colle sur la porte un pain de plastique et règle la minuterie sur une minute. Dans le bureau, GROSMANN a entendu un bruit suspect.
La porte et la moitié du bureau explosent littéralement. Pluie et fumée sont maintenant mêlées. NIKITA entre dans un vestige de bureau.
GROSMANN bouge légèrement, au milieu des meubles calcinés. NIKITA le braque.
GROSMANN (amoché, mais souriant)
Tu ne t'en sortiras jamais, si tu fais ça
NIKITA
je t'emmerde.
Une balle en pleine tête. Elle avance un peu. Une deuxième.
Elle se baisse, fouille ses poches et récupère un petit carnet.
Cars de police, pompiers et ambulances envahissent la cour, la rue, le quartier entier est bouclé.
NIKITA longe rapidement le couloir et entre dans un cagibi. Là, elle enlève son imperméable et l'on découvre le gilet sur lequel elle a accroché tout son "matériel". Elle décroche le téléphone mural et compose un numéro repéré sur le carnet de GROSMANN.
Le Ministre de l'intérieur, en chemise, est à son bureau. Il
paraît étonné quand le téléphone rouge
sonne.
Il décroche.
LE MINISTRE
Allô ?
NIKITA (Off)
Monsieur le Ministre ?
LE MINISTRE
... Qui êtes-vous ?
NIKITA (Off)
Agent 137, des services parallèles. je suis dans le bureau 18, au premier étage de l'immeuble de nos services. Je tiens en otage Robert GROSMANN et j'ai vingt kilos de plastique en ma possession. Je vous rappelle dans trente minutes.
Elle raccroche. Le Ministre met un instant avant d'en faire de même.
On frappe à la porte, mais l'homme qui entre n'a pas attendu la réponse.
UN ATTACHE DE CABINET (affolé)
Monsieur le Ministre, il y a un gros problème avec les services parallèles, rue d'Ortez.
Le Ministre est livide.
La rue d'Ortez a été interdite à la circulation. Des barrières partout. Des hommes armés. Des policiers tous les mètres. Dans l'immeuble, l'eau s'est arrêtée, progressivement, de tomber du plafond.
Dans son cagibi, NIKITA s'est littéralement transformée mais en changeant seulement ses habits de sens.
Sur la porte du bureau 18, on peut lire: Antoine MERCIER - Service du Personnel. A chaque bout du couloir, des tireurs d'élite entassent des sacs de sable, pratiquement jusqu'au plafond. Le couloir ressemble maintenant à une tranchée vosgienne.
Le cagibi de NIKITA, lui, est au 2e étage.
NIKITA enfile une paire de lunettes et enfonce un bonnet sur sa tête. Elle a un brassard "Presse" autour de son bras, un appareil photo autour du cou. Elle glisse un pistolet dans la ceinture de son pantalon. Elle quitte le cagibi. Elle est méconnaissable.
Elle n'a pas fait cinq mètres dans l'escalier qu'elle se fait braquer par un flic en civil. L'homme est furieux parce qu'il a eu très peur.
LE FLIC
Bordel, qu'est-ce que vous foutez là ?
NIKITA (photographe)
Mon travail.
Le flic lui met une claque et l'attrape violemment par le bras.
LE FLIC
Fouille-merde !
Il s'adresse à trois collègues.
Je vais te passer l'envie, moi
... Foutez-moi ça au trou 48 heures.
... Et faites développer la pellicule à toute allure.
NIKITA est emmenée sans ménagement vers la sortie.
Les trois flics arrivent dans la cour et jettent NIKITA à l'arrière d'une Renault 18.
(On est dans la voiture avec NIKITA, on ne voit pas la tête des policiers, restés à l'extérieur).
1er POLICIER (off)
On l'emmène au commissariat le plus proche ou à la brigade ?
2e POLICIER
Je ne sais pas.
ler POLICIER
Va demander à René et toi, préviens François qu'on s'absente et dis aussi à l'entrée qu'on nous laisse passer.
Le calme revient un peu. NIKITA est tendue. Ce silence l'inquiète plus qu'autre chose. Un policier longe la voiture et monte finalement à l'arrière avec NIKITA. C'est BOB. Elle met les mains sur son ventre, ou plutôt sur son arme.
Comme d'habitude, il laisse un petit silence s'installer. NIKITA est très mal à l'aise. Il allume une cigarette, en tire une taffe et la met aux lèvres de NIKITA.
BOB
... Je suis navré de ce qu'il s'est passé chez toi.
Je voulais te dire que je n'y étais pour rien.
NIKITA reste muette. Il laisse encore un long temps.
Puis BOB lui enlève la cigarette des lèvres, se penche vers elle et l'embrasse sur la bouche.
BOB
C'est la dernière fois que je t'embrasse.
Il lui sourit et quitte la voiture.
... Courage.
NIKITA est perplexe mais s'obstine à ne pas bouger.
D'autres policiers entrent dans la voiture qui démarre rapidement, quitte la cour, passe les barrages.
La voiture banalisée circule dans Paris. Elle s'arrête à un feu rouge. De loin, on entend quatre bruits sourds et on voit la voiture bouger bizarrement. La portière s'ouvre. NIKITA sort tranquillement, remet son flingue dans son pantalon et entre dans une bouche de métro.
Paris s'est calmé ! Mais le ciel est toujours menaçant.
Il ne va pas tarder à pleuvoir. Pour de vrai, cette fois.
Le Ministre a laissé tomber sa cravate. Il a éparpillé un dossier devant lui. Un dossier qui lui a fait perdre quelques kilos. BOB est face à lui.
LE MINISTRE (fou de rage)
Je n'arrive pas à y croire ! Ça fait quinze jours que la France entière est en alerte pour retrouver ce... cette fille et vous n'avez rien ! Mais alors rien du tout ! ! Pas la moindre trace de rien, aucun indice et aucune idée même ! ! je vous préviens, si je n'ai pas de résultat cette semaine, vous n'allez pas rester chef de ce service très longtemps
BOB
Je n'ai pas demandé ce poste,
Monsieur le Ministre.
LE MINISTRE
Ah ! Ne commencez pas à jouer sur les mots, hein ? !
Mais enfin merde, c'est vous qui l'avez formée.
Vous devez bien avoir une idée d'où elle se planque, non ?
!
BOB
... Non.
Le Ministre abandonne et s'effondre dans son fauteuil.
Cela prouve en tout cas, Monsieur le Ministre, que notre système de formation est efficace.
Le Ministre montre les photos sur son bureau. C'est l'immeuble de la rue d'Ortez, à moitié détruit.
LE MINISTRE (dépassé)
Vous appelez ça efficace, vous ?
Moi, j'appelle ça une catastrophe naturelle !...
Je vous donne encore une semaine.
BOB salue le Ministre et quitte le bureau.
BOB
Monsieur le Ministre.
A l'intérieur d'un petit commissariat de quartier.
Un policier vient agrafer au mur la photo de NIKITA cheveux courts.
On peut lire: "ARMEE ET DANGEREUSE".
Une femme policier, surement responsable des cas sociaux, s'approche de la prison grillagée située au bout de la grande pièce centrale. La femme s'adresse au policier en faction.
LA FEMME
Tu peux me sortir le cinq, s'il te plaît ?
Le policier entre dans la cage et en ressort une punk aux cheveux rouges. Il enlève le n'5 qu'elle porte sur son blouson. On reconnaît vaguement NIKITA. Elle ressemble, en apparence, à la punk du début mais dans ses yeux brille une lueur qui est tout autre. Elle est simplement : déguisée.
LA FEMME (à NIKITA)
Suis-moi s'il te plaît.
Elles arrivent devant un bureau, derrière lequel se tient un gros policier en tenue. La femme lui tend un petit dossier.
LE POLICIER (paternel)
T'es encore là, toi ? Mais ça fait quinze jours que t'es au trou ? T'en as pas marre ?
NIKITA dit "non" de la tête.
LA FEMME
Je l'ai emmenée à la visite médicale.
Elle est apparemment en bonne santé.
LE POLICIER
Bon... et ben alors, pourquoi tu veux pas sortir ?
T'as pas de la famille ou un fiancé qui serait content de te voir
?
NIKITA (après un long temps)
... Il est parti, mon fiancé.
Le policier ne sait plus comment se mettre.
LE POLICIER
Ecoute, ma fille. Je comprends bien, c'est pas facile mais ça te sert à rien de rester ici et nous on peut pas te garder ici comme ça. ... Tu comprends ?
NIKITA dit "oui" de la tête.
NIKITA sort du commissariat. Crinière rouge - Rangers - Blouson.
Elle sort une cigarette d'une poche, l'arrange et la met à ses lèvres. Elle demande du feu au planton, tire une bouffée et regarde un instant la ville qui s'éveille.
Son visage est marqué par la fatigue, par la vie. Elle regarde ses mains. Elles sont restées intactes. Elle les enfouit dans les poches de son blouson et s'éloigne d'un pas tranquille, presque lent.